par Admin

Publié le 7 décembre 2005 dans Paysage bancaire

cc bradlauster, from Flickr

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Cinq scénarios bancaires dans le paysage bancaire européen.

A quoi ressemblera le paysage bancaire européen vers 2020 ? A défaut de réponse catégorique, on peut construire des scénarios prospectifs en combinant des tendances lourdes avec des hypothèses sur les facteurs d’incertitudes ou de rupture qui vont affecter les métiers de la banque.

Le contexte économique, social et politique est pris en compte dans la mesure où il affecte la banque et la finance : démographie, croissance économique, problèmes d’environnement, politiques publiques, résistances de toute nature à la financiarisation… Le territoire pertinent pour notre analyse est l’Union européenne au sein de laquelle nous avons pronostiqué, à défaut d’unification, de fortes convergences touchant les règles, les institutions, les politiques, les marchés, et même les comportements financiers.

Les autres éléments d’analyse portent sur les dimensions de l’activité de banque et finance, du côté de la demande et de l’offre. On s’attachera ici essentiellement à la demande des ménages, clientèle principale des banques de détail.

La financiarisation définie et analysée dans la première partie de cet ARTICLE est une tendance déterminante. Elle entraîne le développement et la diversification des besoins de services financiers, y compris pour les plus démunis, aujourd’hui souvent exclus du système bancaire. Il devrait en résulter une croissance régulière des marchés de la banque de détail.

Du côté de l’offre, l’autre grande question porte sur la pérennité du modèle de référence, la banque universelle, et sur les options stratégiques qui s’ouvrent aux acteurs, entre consolidation et remise en cause du modèle. En effet, les structures de l’offre peuvent évoluer du fait de l’industrialisation de la banque et de la « déconstruction » des fonctions et métiers qu’elle engendre. L’irruption de nouveaux entrants est également prise en compte. On s’intéressera enfin à la cohabitation entre les trois modèles statutaires : « capitaliste », mutuel et coopératif, public.

On s’interrogera ensuite sur le destin de réseaux physiques bancaires dans la perspective du multicanal. Mais quelle que soit l’évolution des dispositifs d’accès au client, un important facteur de rupture est constitué par l’éventuelle montée du pouvoir consommateur, secouru le cas échéant par des mesures législatives et réglementaires ou de régulation. Aujourd’hui encore affecté par des viscosités, le marché pourrait devenir beaucoup plus concurrentiel, notamment dans le domaine des services. Enfin, les évolutions respectives des profits engendrés par les différents métiers de banque vont affecter les stratégies des acteurs et contribuer à redessiner les paysages bancaires français et européen.

Toutes choses égales par ailleurs, la consistance des régulations est un facteur d’incertitude assez lourd pour inspirer un scénario de crise qui pourrait toutefois, paradoxalement, aboutir à un renforcement des systèmes bancaires .

En combinant tendances lourdes et hypothèses, nous avons retenu cinq scénarios, dont chacun ouvre un choix stratégique pour la banque postale.

1) Le scénario homogène (« la banque, toute la banque, rien que la banque ») voit la banque universelle capitaliste imposer son modèle au point que la banque postale disparaît, en tant que telle, du paysage bancaire, soit qu’elle cesse ses activités, soit qu’elle rentre dans le rang.

2) Dans le scénario du statu quo (« le pré carré ») l’oligopole national est consolidé, mais les différents statuts de banques coexistent : les banques postales indépendantes sont les « guest stars » du scénario.

3) Le scénario de l’Europe des banques (« de Brest à Syracuse ») dessine une large ouverture du marché français aux acteurs européens. Pour la banque postale indépendante et opportuniste, c’est le scénario du « cheval de Troie » : son réseau accueille les produits des banques européennes en quête de distributeurs.

4) Le scénario dit « au carrefour des métiers de la banque » rompt avec la banque universelle. Tandis que certains grands acteurs se spécialisent, d’autres se retirent de la production pour devenir des purs distributeurs de produits financiers. Les banques postales opportunistes tirent parti de leur réseau physique dans cette perspective.

5) Le scénario de crise maîtrisée (« vices privés, vertus publiques ? ») voit les banques bénéficier en définitive d’un système de régulation plus consistant que celui des autres intermédiaires financiers. Avec la remise en cause du dogme de l’infaillibilité des marchés, les établissements publics gagnent en crédibilité.

Une greffe de la « banque postale opportuniste » sur la « banque postale indépendante », donne sans doute la combinaison la plus robuste, quel que soit le scénario retenu. Mais pour qu’elle devienne une combinaison gagnante, encore faut-il que les forces et les opportunités l’emportent sur les faiblesses et les menaces qui affectent le devenir de ce type d’établissement. On récapitule en conclusion les sept facteurs critiques que doit affronter la banque postale.