par Admin

Publié le 14 mars 2006 dans Réseau de distribution et TIC

cc André Tudela

cc André Tudela

Quatre scénarios prospectifs

L’avenir des réseaux postaux peut faire appel à quatre « scénarios », qui sont autant de réponses différenciées, non exclusives, à la nécessité de l’optimisation économique, sous contrainte des exigences du service universel :

  • un repliement progressif ;
  • l’externalisation ;
  • une spécialisation bancaire ;
  • une diversification.

 

Synoptique des scénarios – Entre repli et diversification

 

 

Le repliement progressif et la substitution : les TIC au service de l’optimisation économique

Ce premier scénario résulte de la décision que prendrait un opérateur de réduire le nombre de bureaux de poste ou points d’accès dans la stricte limite des obligations du service universel.

Cette décision affecte évidemment les trois types de services auxquels on accède en se rendant dans un bureau.

Ce scénario implique un fort développement des automates et des services en ligne. Ce serait notamment le cas pour les services financiers : multiplication des automates et déploiement de la banque à distance ou banque en ligne.

S’agissant des autres services postaux, les entreprises accèderaient directement aux plates-formes de traitement industriel du courrier et du colis. Le grand public serait conduit à une utilisation accrue :

  • des automates : affranchissement, achat de timbres et autres produit postaux (emballages prépayés, prêts-à-poster) ;
  • des boites aux lettres publiques pour le dépôt ;
  • des boites postales et autres consignes automatiques pour la remise.

Les technologies de l’information devraient également permettre de réduire les autres motifs de déplacement au bureau de poste, telle la remise d’objets recommandés ou contre remboursement.

 

L’externalisation systématique : à la recherche des coeurs de métier

Ce second scénario implique l’éclatement du réseau par type de services.

L’externalisation s’effectue auprès d’entreprises « sous-traitantes » de l’opérateur d’origine.

Dans le cas des services financiers, l’externalisation peut consister à confier tout ou partie du réseau à un établissement bancaire. Aux Pays-Bas, par exemple, le réseau PostKantoren est partagé à 50/50 avec ING Bank. A fortiori, dans cette perspective d’externalisation, la production des services financiers a été externalisé.

S’agissant des autres services postaux, ce scénario implique, pour les entreprises, un recours systématique aux routeurs et autres logisticiens pour leurs envois postaux. Pour le grand public, il implique le recours systématique à des établissements tiers, comme le pratiquent déjà de nombreux opérateurs en Europe.

Ce scénario n’est évidemment pas incompatible avec certaines des mesures décrites dans le précédent. Il conduit à s’interroger sur ce qui constitue, dans cette perspective, le coeur de métiers de l’opérateur postal – ici concentré sur la distribution (les facteurs).

 

La spécialisation bancaire : à l’italienne ?

Dans ce scénario, l’opérateur a choisi de recentrer son réseau sur l’activité bancaire. Il comporte deux variantes, selon que l’opérateur se veut banque de plein exercice (production et distribution de services financiers) ou simple distributeur.

Comme n’importe quelle banque de détail, la Poste est conduite à dimensionner son réseau physique dans un contexte de « multicanal bancaire ». Mais dans le cas d’une approche de pur distributeur, la taille de ce réseau dépendra du nombre d’établissements bancaires tiers qui lui confieraient la distribution de leurs produits.

Pour les autres services postaux, on se reporter à l’un ou l’autre des scénarios précédents.

Ce scénario est évoqué par la Poste italienne dont les services financiers (BancoPosta) comptent désormais pour 40% du chiffre d’affaires total.

 

La diversification : l’exception française ?

Ce quatrième scénario correspond à une tout autre stratégie de l’opérateur postal.

Il y a a priori maintien voire développement du réseau postal, ce qui n’exclut toutefois pas des opérations d’optimisation telles que celles envisagées dans les scénarios 1. et 2.

Mais le maintien d’une forte présence postale territoriale conduit à maintenir et développer l’activité des bureaux afin de mieux couvrir ainsi les charges induites par le « surdimensionnement » (par rapport aux scénarios précédents). Ce qui implique :

  • le maintien d’un niveau élevé de services postaux suivant les trois (autres) métiers principaux,
  • le développement de nouveaux services de proximité.

Ce scénario correspond à la stratégie mise en oeuvre par La Poste française depuis novembre 2004. La diversification de l’activité des bureaux est toutefois expérimentée dans de nombreux autres pays.

 


Conclusions

On aura observé que ces quatre « scénarios » ne sont pas totalement incompatibles entre eux.

Bien au contraire, il est probable qu’une stratégie relative au réseau postal devrait probablement emprunter à tous les quatre.

Il paraît assez évident en effet que les TIC peuvent contribuer à l’optimisation du réseau, que l’externalisation de certains fonctions doit à tout le moins être envisagée et évaluée, que la distribution de produits et services financiers est une opportunité majeure dans un marché en fort développement (voir la banque) et qu’enfin, pour les opérateurs ayant fait le choix d’une présence postale dense, la diversification est une condition sine qua non de succès…