par Admin

Publié le 15 mars 2006 dans Courrier

cc Basikes, from Flickr

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Le premier programme de messagerie électronique développé par les ingénieurs, baptisé SNDMSG, fonctionne sur une station Digital PDP-10. Conçu comme un simple dossier où plusieurs personnes travaillant sur la même machine pouvaient se laisser des messages, il nécessite un second programme, baptisé READMAIL, pour les lire. L’idée de Tomlinson est d’associer à ces deux programmes le protocole expérimental d’échange de données, CPYNET (également développé par lui), permettant de copier un même fichier sur tous les ordinateurs du réseau Arpanet. Le fruit de cette union sera un programme permettant d’échanger des messages directement entre deux postes.

Pour distinguer les messages déposés localement de ceux envoyés sur une autre machine, Tomlinson a l’idée d’utiliser la touche @ du clavier (prononcé « at » en anglais). Ce choix s’explique parce que le symbole @ signifiait logiquement que le destinataire était ailleurs… en réalité physiquement situé à quelques mètres de là, sur la deuxième station Digital de BBN. Les deux stations étant reliées entre elles par le réseau Arpanet, la distance, à vrai dire, importait peu. Une telle opération réussie dans une même pièce pouvait donc être reproduite à l’identique entre deux ordinateurs situés à des milliers de kilomètres l’un de l’autre.

Le programme est vite adopté par la petite communauté d’ingénieurs et des centaines messages ne tardent pas à être échangés entre les vingt-trois ordinateurs que compte alors le premier réseau Arpanet. Son succès est immédiat et le « courrier en réseau » (network mail) devient le canal de communication privilégié des ingénieurs. Deux ans plus tard, on estime que 75% des échanges de l’Arpanet sont engendrés par ces messages. En 1975, John Vittal développe le programme MSG qui permet de gérer ses messages sous un forme voisine de celle que nous connaissons aujourd’hui, et inclut des fonctions comme la reproduction automatique du message d’origine lors d’un « Réponse » ou d’un « Transférer ».

Mais il faut encore quelques années pour que, face à sa croissance incontrôlée, les ingénieurs de l’Arpanet s’avisent que le courrier électronique est devenu la principale fonction du réseau. Cette prise de conscience tardive tient au fait que le « courrier en réseau » avait été développé sans réelle autorisation de l’ARPA qui ne concevait pas que le réseau puisse être utilisé pour des échanges interpersonnels. Ce développement spontané et anarchique n’était pas prévu dans la procédure ! Le renversement d’attitude a toutefois lieu en 1978 lorsque, dans un rapport d’évaluation des travaux de l’ARPA, on peut lire ces phrases qui résonnent aujourd’hui comme une prophétie : « Il ne fait aucun doute que la technologie du courrier en réseau développée en collaboration avec le programme Arpanet va bientôt se répandre dans tout le pays et changer radicalement les techniques de communication aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé ».

Les années 1980 sont des années de diffusion des programmes de messagerie électronique dans les universités et centres de recherche du monde entier. En 1983, le protocole standard de l’Arpanet devient le TCP-IP (Transfert Control Protocol – Internet Protocol). Les programmes de messagerie se perfectionnent et, en 1985, Steve Dorner développe à l’Université de l’Illinois la première version d’Eudora, premier « client » véritablement grand public. En 1989, MCI et Compuserve proposent des passerelles de courrier électronique ouvrant ainsi, via Internet, les échanges à des usages commerciaux. Le standard SMTP (Send Message Transfert Protocol) devient spécifiquement celui des échanges d’e-mails et, en 1993, AOL à son tour adopte ce standard. L’année suivante, le navigateur Netscape intègre un logiciel de messagerie Internet puis ce sera le tour d’Explorer de Microsoft avec son Outlook Express.

Source : Irepp-Acsel,Livre blanc de l’e-mail