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Irepp. Bibliographie. Art.

Art et désir

Les relations de l’homme à l’oeuvre d’art ne sont pas de l’ordre du désir

par : Paul Soriano

 
Hegel : Les relations de l’homme à l’oeuvre d’art ne sont pas de l’ordre du désir.
Nietzsche : L’art est le plus grand stimulant à la vie.

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Hegel :

« Le sensible peut avoir avec l’esprit plusieurs sortes de relations. La plus médiocre, la moins appropriée à l’esprit, c’est l’appréhension purement sensible. Elle consiste tout d’abord, à regarder, écouter, sentir, etc. C’est ainsi que dans les moments de tension d’esprit beaucoup de gens peuvent chercher à se distraire en allant et venant sans pensée, et en se bornant à écouter par-ci, jeter un regard par-là, etc. Mais l’esprit ne s’en tient pas à la simple appréhension par la vue ou par l’ou`ie des objets extérieurs, il en fait usage dans sa vie intérieure, qui est poussée d’abord à prendre elle aussi la forme de la sensibilité en se réalisant dans les choses extérieures ; ce mode de relation aux choses extérieures est le désir. Dans cette sorte de rapport, l’homme se trouve à titre d’individu sensible en face de choses pareillement individuelles. Ce n’est ni le penseur, ni son arsenal de déterminations générales qui interviennent ici, c’est l’homme qui, au gré de ses impulsions et de ses intérêts individuels, se tourne vers des objets eux-mêmes individuels, qui puise en eux sa subsistance, en en faisant usage, en les consommant, et qui les sacrifie à sa satisfaction personnelle. Dans ces conditions, le désir ne se contente pas de l’apparence superficielle des choses extérieures, mais veut les tenir dans leur existence sensible et concrète. Il n’a que faire de tableaux qui représentent le bois dont il se sert ou les animaux qu’il voudrait consommer. Le désir ne peut pas davantage laisser l’objet subsister dans sa liberté, car sa nature le pousse justement à supprimer l’indépendance et la liberté des objets extérieurs et à montrer qu’ils ne sont là que pour être détruits et utilisés jusqu’à épuisement. Mais parallèlement, le sujet, prisonnier des intérêts individuels, limités et médiocres de ses désirs, n’est libre ni en lui-même, puisque les déterminations qu’il prend ne viennent pas d’une volonté essentiellement universelle et raisonnable, ni vis-à-vis du monde extérieur, puisque le désir reste essentiellement déterminé par les objets et attaché à eux. »Les relations de l’homme à l’oeuvre d’art ne sont pas de l’ordre du désir. Il la laisse exister pour elle-même, librement, en face de lui ; il la considère, sans la désirer, comme un objet qui ne concerne que le côté théorique de l’esprit. C’est pourquoi l’oeuvre d’art, tout en ayant une existence sensible, n’a pas besoin d’avoir une réalité tangiblement concrète ni d’être effectivement vivante. Elle ne doit même pas s’attarder sur ce terrain puisqu’elle ne vise à satisfaire que des intérêts spirituels, et qu’elle doit exclure tout désir." (HEGEL, Esthétique, trad. S.Jankélévitch, Aubier.)


Nietzsche :

« L’art pour l’art. - La lutte contre la fin en l’art est toujours une lutte contre les tendances moralisatrices dans l’art, contre la subordination de l’art sous la morale. L’art pour l’art veut dire »Que le diable emporte la morale !« . - Mais cette inimitié même dénonce encore la puissance prépondérante du préjugé. Lorsque l’on a exclu de l’art le but de moraliser et d’améliorer les hommes, il ne s’ensuit pas encore que l’art doive être absolument sans fin, sans but et dépourvu de sens, en un mot, l’art pour l’art - un serpent qui se mord la queue. »Etre plutôt sans but, que d’avoir un but moral !« ainsi parle la passion pure. Un psychologue demande au contraire : que fait toute espèce d’art ? ne loue-t-elle point ? ne glorifie-t-elle point ? n’isole-t-elle point ? Avec tout cela, l’art fortifie ou affaiblit certaines évaluations... N’est-ce là qu’un accessoire, un hasard ? Quelque chose à quoi l’instinct de l’artiste ne participerait pas du tout ? Ou bien la faculté de pouvoir de l’artiste n’est-elle pas la condition première de l’art ? L’instinct le plus profond de l’artiste va-t-il à l’art, ou bien n’est-ce pas plutôt au sens de l’art, à la vie, à un désir de vie ? - L’art est le plus grand stimulant à la vie : comment pourrait-on l’appeler sans fin, sans but, comment pourrait-on l’appeler l’art pour l’art ? » Nietzsche, Le crépuscule des Idoles, trad. H.Albert, 10/18.


« Un homme réclame une compagne, on lui amène la momie de Thaïs. La plus attachante fille que l’Egypte connut, lui dit-on. Ce n’est pas son affaire, c’est une fille vivante qu’il aime mieux (la bonne, par exemple). » Jean Dubuffet, L’homme commun à l’ouvrage, J.J. Pauvert.


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