« Les lois - le prosaïsme des lois - libèrent peut-être de la Loi en substituant à la majesté invisible du temps la contrainte multipliée de l’espace ; de même, le réglementaire supprime ce qu’évoque le pouvoir, toujours premier, du nom de loi, ainsi que les droits qui la doublent, mais établit le règne de la technique, laquelle, affirmation du pur savoir, investit tout, contrôle tout, soumet tout geste à sa gestion, de sorte qu’il n’y a plus de possibilité de libération, puisque l’on ne peut plus parler d’oppression... » (Maurice Blanchot, L’Écriture du désastre, Gallimard, 1980, p. 218)
Ce texte de Maurice Blanchot nous suggère que la crise des régulations peut déboucher sur une prolifération de normes réglementaires et techniques passablement inquiétantes.
Récemment, la presse s’est fait l’écho d’une « pluie d’amendes » à New York dont les habitants seraient verbalisés pour les motifs les plus incongrus. Il est possible que les besoins financiers de « Big Apple » expliquent le zèle des agents municipaux. Mais comment ne pas voir qu’une société où les normes « culturelles » communes se désagrègent - à New York ou ailleurs... - n’a pas d’autre issue, à moins de sombrer dans l’anomie, que de leur trouver des substituts techniques ou réglementaires ?
On ne manquera pas d’observer que le sujet idéal pour ces types de régulation est soit le robot (techniquement régulé) soit le délinquant (« tous délinquants potentiels »). Le prélèvement automatique des amendes par le biais des réseaux informatiques illustre à merveille cette conjonction efficiente de la technique et de la réglementation.
L’une des occurrences les plus spectaculaires de la régulation par la technique touche à la production même du vivant, visant le zéro défaut jusqu’ici réservé à la production d’objets techniques. Le Monde du 7 janvier 2003 nous informe que l’INRA travaille sur un prototype de vache idéale, déjà prénommé Aubade. Sa « mère » (son original) « était une vache dotée de toutes les vertus, longévité, robustesse, fertilité, beauté, sociabilité ». Du zéro délai, zéro stock, zéro défaut de l’économique au zéro durée, zéro mémoire, zéro faute de la société ?