Publié le 12 avril 2006 dans Lien social
cc larksflem, from Cyberspace
Parce qu’il ignore les frontières, Internet affecte négativement les ensembles politiques précisément délimités par des frontières. Ce diagnostic est évidemment un peu court. Il conviendra d’y revenir après avoir examiné les autres formes de lien.
Internet favorise les communautés d’affinités (d’intérêt, de goût, d’opinion…), éventuellement a-territoriales.
Il favorise également les communautés d’échange marchand en leur permettant de s’étendre à l’échelle de la planète.
Il pourrait aussi favoriser les solidarités de classe, à condition que celles-ci soient préablement fondées par une « conscience de classe ».
Vis-à-vis des communautés « vraies » (familles, tribus) à la différence des pseudo-communautés « virtuelles » qui sont en fait des communautés d’affinités, l’impact du cyber est plus ambiguë :
- d’un côté il peut avoir un effet négatif, « centrifuge » en quelque sorte ;
- d’un autre côté, il peut permettre de renforcer ce type de lien, s’agissant notamment de communautés territorialement dispersées (cas des communautés religieuses notamment).
Mais revenons au politique. On sait qu’Aristote l’avait qualifié de « volontaire ». Ce qu’il n’est certes plus tout a fait dans les grandes nations de plusieurs dizaines de millions de citoyens. A bien des égards, on peut dire du lien politique qu’il ressemble au lien communautaire, involontaire : on ne choisit pas la nation où l’on naît, guère plus que sa famille ou sa tribu. Il reste que le lien politique pourrait redevenir volontaire.
Pourquoi ne pas imaginer, au sein de l’Europe par exemple, que des individus et des groupes qui ne se sentent plus vraiment les concitoyens de leurs concitoyens envisagent de rejoindre d’autres « corps politiques » sur la base du volontariat ? N’est-ce pas ce qui se dessine dans certaines régions d’Europe, au sein même de vieilles nations ? Mais quand il s’agit de régions, on peut estimer que le lien sous-jacent garde un caractère ethnique (culture, langage…).
D’autres motivations pourraient être évoquées, auquel cas de nouvelles communautés d’affinités pourraient accéder au statut politique.
C’est du reste la voie ouverte par notre scénario 4 (l’Europe des reconfigurations politiques).