Publié le 13 octobre 2011 dans Dictionnaire de Prospective
Tendance à faire des marchés des dispositifs d’évaluation et d’échange de tous les actifs : non seulement ceux des entreprises mais aussi ceux qui constituent le patrimoine des particuliers, ou encore celui de l’État. Les marchés deviennent ainsi les évaluateurs directs ou indirects de toutes les « valeurs », bien au-delà de ce que l’on appelait naguère des valeurs « économiques ». L’éthique par exemple, intervient désormais dans l’évaluation des entreprises et autres investissements dits « socialement responsables ». Et de même pour le talent, le génie, l’originalité, la compétence, etc.
Financiarisation de l’économie
Au sens étroit, désigne le fait que la valorisation des entreprises se ferait au seul vu de leurs résultats financiers à court terme aux dépens des valorisations plus stratégiques à long terme.
Au sens large : mise en oeuvre d’un système d’évaluation permanente des entreprises et plus généralement des « actifs » par les marchés. La financiarisation permet d’intégrer dans les comptes et la valorisation des entreprises ce qu’on appelle les externalités , positives ou négatives, d’ordre social ou environnemental notamment. Il existe des agences spécialisées qui introduisent ces critères, dits éthiques ou de développement durable, dans leur notation des entreprises.
La financiarisation marque non seulement l’autonomisation de la sphère économique, mais une tendance à l’absorption des autres sphères : développement des industries culturelles (dont le statut d’exception est de plus en plus difficile à faire prévaloir), montée en puissance d’institutions mondiales de régulation sectorielle produisant des normes pour l’ensemble des entreprises du secteur (le comité de Bâle dans le cas de l’industrie bancaire).
Valorisation des « actifs » ? A la limite, l’ensemble des « valeurs » de la société finiraient par être appréciées par les marchés. C’est aussi une conséquence de l’expansion de la sphère marchande : si d’une part tous les besoins des hommes sont satisfaits par des produits et services marchands et que, d’autre part, l’économie se financiarise, alors il est inévitable que toute valeur finisse par être appréciée sur un marché.
Financiarisation du social
La financiarisation du social désigne le fait que la protection sociale recourt de plus en plus à des instruments financiers commercialisés par les banques et autres intermédiaires financiers (capitalisation) aux dépens de la répartition, synchronique (entre différents groupes sociaux) et diachronique (entre les générations), confiée aux bons soins de l’État-providence.
C’est aujourd’hui le cas des retraites et sans doute demain d’autres prestations d’ « assurances sociales » qui deviendraient alors des assurances tout court, sans préjuger du maintien de systèmes de solidarité (et non d’assurance).
La financiarisation du social entraîne une forte croissance des besoins des ménages en services financiers. Et notamment, face à la complexité et à la diversité croissantes des produits, une demande de produits packagés et de conseil.