A Henri Cazalis
Besançon, mercredi 29 mai 1867.
Mon bon ami,
(Je me mets d’abord sur la défensive en te prévenant que ceci n’est pas une lettre !) il faut que tu disposes d’une journée pleine et entière, ce qui, malgré le bariolage de ta vie, cher perroquet qui réponds si bien à mon cœur, n’est pas impossible, prévenu que tu es cinq jours à l’avance. (Du reste, il n’y a de réalisable que l’impossible !). Et cela semble être par la vertu de cet axiome que tu verras mardi prochain Geneviève et Marie, deux de mes étoiles - à défaut de l’Astre - errantes pour quelques jours. Un train de plaisir à vil prix leur permet cette extravagance. Mais, devant partager leur cinq jours entre Versailles et Sens, elles ne peuvent donner qu’un jour à Paris.
Du reste, tu trouveras le soir que ç’aura été bien assez, j’en suis sûr - dans ta grande barbe, et quelque ami et galant que tu sois. Car je te propose une journée véritablement folle...
Mallarmé, Correspondance choisie, Œuvres complètes I. Bibliothèque de La Pléiade.
