La république des livres
Cette aquarelle de la voix sur le répondeur
Comment entre-t-on chez un poète inconnu de soi mais si connu des autres ? On s’en remet au hasard du feuilletage. Et si l’on ignore la langue du poète, on fait confiance à son traducteur, plus encore s’il est lui-même poète. Ce que j’ai fait en suivant Michel Volkovitch, passeur et plaideur de l’oeuvre de Kiki Dimoula (née en 1931) qu’il tient pour le plus important poète grec contemporain. Une femme dont l’oeuvre (Le peu du monde suivi de Je te salue Jamais) vient de connaître le privilège d’être publiée par la collection Poésie/Gallimard. “Un sacré défi pour le traducteur, cette Dimoula ! Pas commode, mais quelle richesse!” reconnaît Volkovitch. On le croit d’autant mieux que le préfacier, Nikos Dimou, la présente comme l’auteur d’une poésie sans objet, étant entendu qu’elle écrit sur la présence du néant dans notre vie, le travail du temps, l’usure de l’humain lors de son lent passage de l’être au non-être; puis dans le sens contraire, avec le travail de la mémoire, le retour sur l’autrefois par le moyen privilégié de la photographie, véritable machine à transformer un passé gelé en “présence de l’absence”. La photographie est le fil d’Ariane de son oeuvre. On l’imagine, Kiki Dimoula, vivant entouré de tirages comme d’autres vivent parmi leurs chats. Le fait est que cette (...)