Les scénarios ne doivent pas être considérés comme des hypothèses alternatives entre lesquelles il conviendrait de faire un choix en sélectionnant le plus « probable » ou le plus « souhaitable » et en invalidant tous les autres. Le caractère délibérément schématique d’un scénario ne compromet pas sa vraisemblance : chacun d’eux trouve de quoi être nuancé dans tous les autres.
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Quels enseignements communs délivrent les cinq scénarios ?
Le scénario 1, global, confirme et renforce les tendances lourdes. La principale leçon qu’il délivre s’exprime par un slogan : les contraintes sont des opportunités grâce l’alchimie du marché.
Le scénario 2, glocal, met en scène des formations identitaires dans un monde où la pression économique et la défaillance des régulations politiques (nation, Europe) suscitent un repliement sur le lien social le plus « archaïque » [1] et engendrent une fragmentation porteuse de conflits et de carences de régulations. Ce scénario éclaire des phénomènes dont la résurgence est une tendance lourde avérée. On en retiendra aussi l’efficacité interne des régulations communautaires combinées avec les styles de vie globaux et les dangers que recèlent un déficit de médiations susceptible de transcender la confrontation directe entre logique de globalisation et logique identitaire, ainsi que le renoncement national et/ou européen à porter l’intérêt général.
Le scénario 3 (l’Europe redessinée), est un scénario optimiste accordant un grand crédit à des nouvelles formes de co-régulation qui confinent à l’auto-organisation, en faisant l’économie d’une intégration politique de l’Union. On objectera que, faute de main invisible, le principe de subsidiarité peut difficilement se passer d’un prince, fût-il démocratiquement porté sur le trône par le peuple ou par ses pairs (les nations). Mais même si l’optimisme est démenti, on retiendra l’intérêt des dispositifs de « multi-subsidiarités » pouvant trouver place dans d’autres configurations, celles que dessinent les scénarios 4 et 5 par exemple.
Le scénario 4, de l’issue européenne dans une Union politique forte, s’inscrit dans la Realpolitik, entre un autre scénario européen qui présume de l’intelligence collective et un scénario national qui présume de ses forces. Il remédie donc aux faiblesses de l’un et l’autre par la puissance, lourde il est vrai de tensions géopolitiques. On a vu qu’il soulève le doute affectant tout projet politique constructiviste contre lequel il pourrait quérir le secours du... scénario 5, s’il s’actualise à l’initiative de quelques nations membres de l’Union. Sa morale, toute triviale, est double : d’une part, qu’il faut de l’autorité (politique) pour aménager et réguler les territoires, mobiliser des ressources, imposer des règles, répliquer aux initiatives de ses adversaires et plus encore à celles de ses alliés ; d’autre part, qu’il faut donner du temps au temps... [2].
Le scénario 5, du retour à la nation, peut être lu comme le scénario qui met en évidence les responsabilités de l’État-nation dans tous les cas de figure face aux risques que dévoilent les autres, de manière générale et singulièrement en matière de régulation territoriale des réseaux (énergie, transports, TIC...). Il est d’autant plus crédible que le modèle national y est, comme on l’a souligné, « revisité », instruit et peut-être débarrassé de certaines tares, armé de nouveaux instruments.
Échelons, modes et acteurs de la régulation :
cohérence des territoires, hiérarchie des normes
Les scénarios apportent des réponses à une situation déjà constatée : la crise des régulations.
En toute hypothèse, y compris celles du scénario global, tous les échelons, du global au local, sont requis par l’aménagement du territoire mais la compétitivité des métropoles est un enjeu transversal.
« Ainsi, dans l’économie de la métropole se trouvent la solidarité des liens de confiance, du partage des valeurs et des visions du monde et son contraire, la fluidité des rapports contractuels purs. Les firmes recherchent la grande ville pour y trouver des ressources socialisées, enracinées dans les processus de longue durée, mais aussi pour faciliter les stratégies de désengagement. “Exit” et “loyauté”, pour reprendre les catégories d’Albert Hirschman, se mêlent inextricablement. Il faut donc s’attendre à ce qu’une économie mondiale de forme métropolitaine exacerbe aussi les tensions entre la valorisation des formes communautaires et les pouvoirs dissolvants du marché. »
L’auteur de ces lignes, Pierre Veltz, souligne bien que la grande ville est un pôle où s’articulent divers types de lien social, divers modes et acteurs de la régulation.
Les scénarios global et glocal pointent les carences et les risques attachés à l’effacement relatif d’un échelon, européen ou national. Les scénario du retour du politique « renchérissent », en soulignant la nécessité de conserver (nation) ou donner (Europe) une dimension politique à ces échelons intermédiaires. Ces deux derniers scénarios présentent de surcroît l’avantage d’inscrire les conflits politiques dans des institutions démocratiques.
La confrontation des scénarios met en évidence la nécessité d’un certain équilibre entre les trois formes de lien social (l’économique, le culturel et le politique) voire d’un rétablissement de la hiérarchie des normes où la « loi » légitime et encadre chacun des autres modes de régulation, marché, contrat, ou normes techniques... ainsi que les dispositifs de co-régulation ou interviennent, à différents échelons et suivant divers modes, les acteurs publics et privés.
