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Lettre(s)

D’un trait de plume...

Distance temporelle et spatiale : deux versants d’une même réalité que l’épistolaire joint d’un trait de plume

par : Paul Soriano

 

« Le genre épistolaire aurait-il eu la même saveur sans les lenteurs du service des postes du XVIIe siècle ? Montesquieu, lorsqu’il érige l’échange épistolaire en genre romanesque y trouve un ressort dramatique et fait de l’éloignement temporel et géographique d’Ispahan la raison même de l’incapacité d’Usbek à dénouer le drame qui se jouait dans son harem. Cette distance fait naître le sentiment, la confidence, la contemplation esthétique, ou encore la méditation politique, la critique incisive, le rapprochement éclairant entre deux perceptions du monde que rien ne prédisposait à faire se rencontrer.

Musicalement, nous pourrions dire que la lettre relève du silence, du suspens. Elle trouve dans ce retrait une force, une consonance d’outre-temps, d’outre-lieu et parfois d’outre-tombe. Une lettre se suffit à elle-même quand bien même pas un seul mot ne serait écrit sur la page. Elle donne la parole à ceux qui sont, à ceux qui ne sont plus et à ceux qui ne sont pas encore. Elle fait même parler ceux qui auraient pu être, ceux-là mêmes que nous sentons au fond de nous lorsque, penchés sur le papier, en arrêt le stylo en l’air, nous appréhendons un court instant ce qu’est la panne d’inspiration de l’écrivain.

Et si, dans ces moments-là nous ne savons plus très bien quoi écrire ni même qui écrit, nous avons l’étrange intuition de la nature profonde de la lettre, de cette fragile perfection d’un monologue à deux âmes. »

Distance temporelle et spatiale sont deux versants d’une même réalité que l’épistolaire joint d’un trait de plume.

Jean-Rémi Gratadour



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