Préfacé par Jean-Jacques Laffont et Jean Tirole, l’ouvrage réunit les articles d’une vingtaine de contributeurs, français ou non, parmi lesquels il faut citer Helmuth Crémer et Jean-Pierre Florens - de l’IDEI Toulouse - du côté universitaire, Bernard Roy et Joëlle Toledano elle-même du côté de La Poste.
La question de l’avenir du service public à la veille de la libéralisation, et notamment celle du mode de régulation postale par rapport à celui des télécommunications, est au cœur des différentes études parfois très techniques qui composent ce livre, par ailleurs accessible à différents niveaux de lecture.
Après un chapitre introductif traitant de l’avenir du service public postal et du service universel, le premier chapitre est consacré à l’interprétation de la demande : que signifie la baisse de trafic constatée ? Y a-t-il un phénomène de substitution ou une complémentarité ? Quels sont les liens entre la croissance économique, la démographie et le trafic ? Il pourrait être résumé par l’adage « mail goes where money is ».
Le second s’attache à la question de la mesure des coûts dans chacun des processus de la production postale : guichets-collecte, transport, tri-tansit et distribution. Cette dernière représentant plus de 50 % des coûts de production, c’est là que se feront les principales économies d’échelles. L’existence d’un lien entre l’organisation géographique du territoire et le coût de distribution étant posée, les auteurs dégagent la notion de densité postale qui permet d’affiner la mesure des coûts et de décrire les disparités entre la France et les États-Unis.
Le troisième chapitre, intitulé « régulation et concurrence », après avoir montré la diversité des expériences européennes, en dégage ce qui semble être le principal modèle concurrentiel, celui du courrier industriel. La question des frais terminaux y est étudiée, en comparant les situations des pays où ce système est utilisé par un monopole et celles des pays où le marché est ouvert. Celle des liens entre les frais terminaux, la libéralisation du courrier international et les objectifs de régulation nationale est également abordée. Un article signé Joëlle Toledano est entièrement consacré à l’expérience suédoise, elle se propose d’y revenir en détail dans la seconde partie de la présentation.
Le quatrième chapitre, consacré à la structure des prix, remises et charges d’accès, est évidemment le plus technique de l’ouvrage. Selon qu’on est en situation de monopole ou de concurrence, quelle est la structure de prix optimale ? Dans une situation de worksharing, la règle du coût évité, si elle est efficace, ne donne cependant pas toutes les clefs de calcul... Le modèle général, qui combinerait concurrence et worksharing reste à développer, mais la logique de tarification est la même.
Le dernier chapitre traite du service universel : sa définition, ses obligations (qualité de service, accessibilité et prix), les produits concernés, les normes de mesure de ses coûts dans un environnement concurrentiel, et les mécanismes de financement des surcoûts qu’il génère. L’expérience acquise dans les télécommunications s’avère très utile, mais le modèle doit être adapté.
Dans la deuxième partie de sa présentation, Joëlle Toledano se proposait de détailler de façon plus « amusante » le cas de la Suède, qui fait l’objet d’un article du chapitre 3.
Entraînés par le charisme de deux hommes à la forte personnalité - mais dont l’analyse se révèlera néanmoins erronée - les députés suédois votent en 1993 l’ouverture totale du marché à la concurrence, aidés en cela par la situation juridique intenable du monopole. 10 ans après, l’opérateur historique Sweden Post possède toujours 94 % du marché mais se porte mal à cause de l’abandon de ses positions sur les marché de l’électronique et de la finance.
Cependant ses gains de productivité ont été importants. Son principal concurrent, City Mail, a préempté le courrier industriel, dans lequel il excelle, et commencerait cette année à être rentable.
Les autres concurrents, seulement 0,4 % du marché, se maintiennent au niveau local grâce à des prix plus bas. Le modèle est-il transposable ? Oui en ce qui concerne les entrées via le courrier industriel. Mais il y a des différences majeures dans les aspects de la régulation et de la relation avec l’État
