Ce schéma très simple représente de manière synoptique la problématique bancaire et permet de repérer certaines des tendances lourdes qui l’affectent.

Trois blocs :
la gestion de la clientèle
la gestion financière et logistique
l’ingénierie bancaire : ingénierie des produits et services financiers
Gestion financière et logistique
La gestion financière et logistique comporte elle-même trois pavés principaux :
la gestion des titres
la gestion des moyens de paiement
la gestion des fonds déposés par les clients
La gestion financière des fonds déposés par la clientèle s’effectue sous le contrôle des fonctions de gestion du risque et de gestion du bilan de l’établissement bancaire, dans le respect des normes bancaires.
La gestion des moyens de paiement et celle des titres sont des fonctions essentiellement « logistiques », mais elles supportent bien entendu elles aussi des risques proprement financiers.
Gestion de la clientèle
La gestion de la clientèle comporte la collecte et la vente de services financiers, au guichet, via des automates (retraits d’espèces) ou par la banque en ligne. Ces fonctions de « front office », au contact du client, se prolongent par des activités de back office (gestion des comptes clients notamment). Le back office comporte une dimension logistique importante et elle s’articule avec la gestion financière et logistique de l’établissement.
Bien noter que ce schéma représente à la fois un établissement bancaire type (banque de détail) et l’ensemble de cette industrie bancaire.
Prospective bancaire : 3 + 1 facteurs clés
Trois facteurs clés devraient affecter l’avenir des banques. Le premier est relatif au marché, avec un important développement de services financiers, anciens et nouveaux, à des clients de plus en plus nombreux et « équipés ». Le second facteur clé touche la poursuite de la restructuration de l’industrie bancaire, suivant les activités mises en évidence par le schéma. Le troisième vise la relation entre la banque et ses clients, marquée par le déploiement du « multicanal » où les services en ligne devraient occuper une place de plus en plus importante.
Un quatrième facteur doit toutefois être évoqué ici. L’activité bancaire est essentiellement une activité de gestion de l’incertitude, elle est donc risquée. Sur le schéma, le domaine du risque est identifié par le bloc central (gestion financière et logistique), où résident tant par le risque financier proprement dit que par le risque technologique, étroitement conjugués. Le tout sous le contrôle de la fonction de gestion du risque et du bilan (pavé inférieur dont on remarquera qu’il fait face à son homologue chez les clients de la banque...)
L’industrie bancaire : vers la spécialisation
La plupart des activités identifiées par le schéma deviennent des métiers et même, pour certains (gestion des titres par exemple), des industries à part entière. En conséquence, nul établissement n’a intérêt à exercer lui-même ce métier s’il ne dispose des compétences et de la taille qui le justifient.
Le schéma représente donc en fait davantage l’industrie bancaire que la « banque du futur », laquelle devrait se construire par une sélection stratégique parmi l’ensemble des activités ou métiers repérés.
Nouveaux services financiers : la démocratisation de la gestion du risque
Aujourd’hui, la plupart des individus et ménages détenteurs d’actifs (leur logement par exemple) sont assurés contre les accidents (assurance incendie...) mais pas contre la perte de valeur de ces actifs.
Des services de gestion du risque, qui consistent à transférer le risque aux marchés, existent déjà. Mais ils sont réservés aux grandes entreprises et à la clientèle fortunée. La « démocratisation » progressive de ces services constitue un important réservoir de croissance pour les établissements financiers.
Relation client : le multicanal bancaire
Le multicanal bancaire tire parti de tous les canaux de type « transactionnel » et « relationnel ». Les premiers permettent aux clients d’effectuer eux-mêmes toutes sortes de transactions, telle le retrait d’espèces dans un DAB ou un virement en ligne. Les second établissent une véritable relation entre le client et un agent de la banque. Les canaux proprement relationnels ne sont pas pour autant « physiques » (l’agence bancaire) : ils mobilisent aussi bien des technologies d’information et de communication anciennes (le téléphone) et nouvelles (Internet). Les relations en ligne devraient prendre une part de plus en plus importante dans l’ensemble des relations, pour plusieurs raisons :
banalisation générale des services en ligne de tout nature (près d’un foyer français sur deux est déjà relié à l’Internet par une connexion à haut débit permanente) ;
progrès accomplis dans ce domaines en termes de sophistication des opérations possibles, de personnalisation (le « bilan du ménages » en temps réel ), de convivialité et de sécurité ;
nécessité de réduire les mobilités évitables, coûteuses en termes de temps, d’énergie et de nuisances environnementales (surtout pour une population vieillissante qui ne réside pas nécessairement toute l’année à son domicile principal)
Le risque systémique
Comme on l’a souligné plus haut, le schéma permet aussi d’identifier le domaine du risque. Risque financier et technologique pesant sur chaque établissement ainsi que sur l’ensemble du secteur.
L’avenir des banques postales
Comment, dans cette perspective, évaluer les chances des banques postales dans le paysage bancaire, national, européen et mondial ? On reconnaît en général trois types d’atouts aux banques postales :
un atout « génétique », déterminant un positionnement solide pour certains types de services (en France, le livret A notamment) ;
plus particulièrement leur positionnement « social », héritage du service public (parfois présenté plutôt comme un handicap) ;
l’atout d’un réseau dense et des valeurs de proximité qui s’y attachent : proximité physique et socio-culturelle (« proche des gens ») .
En réalité aucun de ces atouts ne nous paraît déterminant. Le positionnement historique est remis en cause par les transformations de l’industrie et des régulations bancaires qui organisent la profession. Le social, on l’a suggéré, est à la fois un avantage et, à d’autres égards, un handicap. En contrepartie de ses atouts (densité, proximité), le réseau postal souffre aussi de handicaps liés à son caractère multiservices.
C’est donc plutôt de la pertinence stratégique de chaque opérateur qui sera déterminante pour l’avenir de chaque banque postale. A condition toutefois que cette stratégie dispose de l’instrument essentiel qu’est désormais l’accès au marché où s’évaluent et se négocient les actifs des entreprises.
