Paradoxalement, la société dématérialisée reste avide de ressources naturelles en voie d’épuisement et elle produit des nuisances qui affectent l’environnement physique où continuent de séjourner les humains pourvus d’un corps sensible à ces nuisances [1]. A ce stade, elle l’est même de plus en plus, à mesure que se développement la mobilité des personnes et des biens : bien loin de la réduire, comme certains l’espéraient, le déploiement du cyberespace l’exacerbe. La globalisation extensive répand les stocks sur les routes, tandis que les humains sacrifient aux injonctions de ce qu’un auteur réfractaire à qualifié de « bougisme ». La téléprésence multiplie les motifs de se rencontrer en personne. La représentation réaliste des contrées les plus exotiques suggère de s’y rendre en chair et en os.
A cela, on peut répondre que les conditions de production actuelles sont encore le fâcheux héritage d’une civilisation industrielle en voie de dépérissement. Nul doute que de nouveaux progrès techniques (le moteur à hydrogène, par exemple) vont nous permettre de nous affranchir des ressources les plus épuisables et réduire massivement nos pollutions de toute nature. Reste toutefois à ajuster le rythme du progrès à celui des dégradations qu’il doit permettre de réduire.
Quant au besoin de contact physique il pourrait n’être que le résidu de l’évolution inachevée d’une espèce encore hybride, mi-ange (immatériel), mi-bête (corporel). Le perfectionnement évolutionniste conduit tout droit à la question démographique.
[1] « Pourvus de corps » est une expression typiquement idéaliste. Pour la philosophie réaliste l’homme n’est pas un sujet « pourvu » (ou affligé) d’un corps, il est un corps.