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Rencontre du Club du 7 avril 2005

Les liaisons vertueuses

Alain Etchegoyen, Commissaire au Plan

par : Paul Soriano

 
Philosophe, Alain Etchegoyen appartient sans doute à l’école « pragmatique » et montre une attention constante pour le thème de la relation et des valeurs qui lui sont attachées, à commencer par le principe de responsabilité. Nommé Commissaire au Plan en avril 2003, il a fait siens les principes d’indépendance et de liberté de ses illustres prédécesseurs, Jean Monnet, Pierre Massé ou Michel Albert, dans la réforme du Commissariat qu’il a entreprise et conduite en quinze mois.

Selon Alain Etchegoyen, la liberté de jugement du Commissaire et de ses collaborateurs est paradoxalement garantie par la précarité même de la fonction (le Commissariat dépend directement du premier ministre). Du reste, les menaces qui pesaient sur l’institution ne sont pas pour rien dans l’aboutissement rapide de la réforme.

L’existence du Plan étant mise en cause, il devait soit disparaître soit reconstruire sans délais une identité pertinente, dix ans après l’abandon des plans quinquennaux.

S’agissant de sa mission, le Commissariat a désormais pour vocation principale la prospective de l’État stratège. L’évaluation des politiques publiques est volontairement abandonnée, car on ne peut à la fois analyser le passé et préparer le futur. La première démarche est analytique, rigoureuse, souvent besogneuse et de souffre qu’une seule solution, la meilleure évaluation possible. Au contraire, la prospective exige de l’imagination, de la créativité et propose plusieurs scénarios possibles.

La réforme a également transformé les modes de recrutement : des experts sont recrutés par appels d’offres et rémunérés conformément à leur niveau de compétence. C’est ainsi que les experts ont été renouvelés à hauteur de 50 % (l’effectif ne compte que 20% de fonctionnaires).

Enfin, on a revu en profondeur les modes de fonctionnement du Commissariat : 35 groupes de projet sont en ordre de marche, évalués trois fois par an par un projet sont Comité d’évaluation composé de personnalités extérieures (checheurs, universitaires, dirigeants d’entreprise, agriculteur). Ils produisent sans aucune censure des scénarios prospectifs. Le Plan peut même s’autosaisir de sujets considérés comme non prioritaires ou trop sensibles. Un scénario ne dit pas ce qu’il faut faire, mais éclaire les diverses conséquences, dans dix ans ou plus, d’une décision prise aujourd’hui.

Les groupes de prospective publient régulièrement des documents issus de leurs travaux, notamment sur le nouveau site Web Plan.

Le Plan est resté un lieu d’« indiscipline intellectuelle » (Pierre Massé). La concertation se fait intuitu personae, toujours dans un souci de libre expression. On se garde des modes intellectuelles et on privilégie le pluralisme des approches (par exemple dans la détermination des moteurs de la croissance) contre les « monomanies » qui affectent parfois nos élites nationales.

Outre les collaborateurs affectés au Commissariat, des milliers d’acteurs, publics, privés ou représentant la société civile, sont appelés à contribuer aux travaux du Plan. Le nouveau site Web permet du reste aux acteurs extérieurs de faire des suggestions.

C’est dans la même perspective que le Commissaire au plan a mis en œuvre un réseau interministériel de prospective. Les principales questions posées à Alain Etchegoyen ont porté sur les thèmes suivants :
- la prise en compte de la dimension européenne ;
- l’efficacité des politiques de lutte contre le chômage ;
- les approches et les mesures spécifiques touchant les PME ;
- les causes du retard des entreprises françaises dans la mise en œuvre des NTIC ;
- les effets de la libéralisation des marchés postaux et ce qui en résulte pour les relations de l’opérateur avec l’État ;
- la mise en œuvre de la Loi organique relative aux lois de finances.

En conclusion, dans un environnement qu’il juge favorable aux entreprises du Plan, Alain Etchegoyen espère que la parution prochaine de « La France en 2025 » rencontrera la même audience que les célèbres Réflexions pour 1985 publiées en 1965.



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