Monsieur le Divisionnaire,
Je ne vous connais pas personnellement, mais ce que j’ai lu de vos enquêtes et de votre attitude vis-à-vis des criminels me donne confiance. Cette lettre vous étonnera. Ne la jetez pas trop vite au panier. Ce n’est ni une plaisanterie ni l’œuvre d’un maniaque.
Vous savez mieux que moi que la réalité n’est pas toujours vraisemblable. Un meurtre sera commis prochainement, sans doute dans quelques jours. Peut-être par quelqu’un que je connais, peut-être par moi-même.
Je ne vous écris pas pour empêcher que le drame se produise. Il est en quelque sorte inéluctable. Mais j’aimerais que, lorsque l’événement se produira, vous sachiez.
(...)
Je vous verrai peut-être un jour, dans votre bureau, mais nous serons alors chacun d’un côté de la barrière.
Votre dévoué.
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« Il [Maigret] avait déjà reçu des lettres de ce genre mais, la plupart du temps, la langue en était moins choisie et surtout certaines phrases étaient soulignées. Souvent, elles étaient écrites à l’encre rouge, ou verte, et beaucoup comportaient des fautes d’orthographe. Ici, la main n’avait pas tremblé. Les traits étaient fermes, sans fioritures, sans une rature. »
Simenon. Maigret hésite. Presses de la Cité, « Omnibus », Tout Simenon n° 14.
