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2020. Représentations

Nouveaux médias, nouveau monde ?

Infrastructures, superstructures, nomenclatures....

par : Paul Soriano

 
Si l’on compare les anciennes industries médiatiques (la presse et la télévision) à celles qui sous-tendent les nouveaux médias (informatique et télécoms), on constate une différence capitale : les premières séparent le journaliste et « son » public, tandis que les secondes les placent du même côté de l’appareil industriel. Celui-ci opère comme une couche de codes techniques, par-dessus les codes du langage et des différents types de discours. Matériellement, rien ne distingue un journaliste écrivant un article d’un blogueur ou d’un internaute postant un commentaire, chacun devant son clavier-écran.

Ces nouveaux rapports de production produisent déjà des effets significatifs : l’irruption du public, via les blogs notamment, dans la sphère de l’information et du commentaire publics, naguère monopole des journalistes. Mais ces effets restent encore ambigus : va-t-on assister à une capture des nouveaux médias dits citoyens ou communautaires par l’appareil médiatique (cf. le rachat de MySpace par Murdoch et de YouTube par Google) ou, au contraire, à une émancipation des premiers aux dépens de ce même appareil médiatique ?

Un élément décisif dans ce débat est que les médias, anciens et nouveaux, tendent à devenir des « producteurs de contexte » pour accueillir la sollicitation commerciale, de manière plus « naturelle » que ne le fait, à la télévision par exemple, l’interruption du film par la publicité (c’est bien ce que visent News Corp et Google). De manière plus générale, l’économie s’intéresse de plus en plus aux processus sociaux et naturels versus les processus de production (voir notre nouvelle fable des abeilles, « Le miel et le pollen ») dans idées qui décoiffent).

En conséquence, on peut aujourd’hui se demander quelle dominante va tirer ce nouveau monde que dessinent les nouveaux médias.
- le marchand : une tendance lourde avérée, comme décrit ci-dessus,
- le communautaire : mais les médias dits communautaires réunissent plutôt des communautés d’affinités que de vrais communautés, à fondement « archaïque », ethniques et religieuses,
- le politique : l’expression « médias citoyens » le suggère, mais au profit de quel corps politique ?

Alors : démocratie planétaire ? Nations revisitées ? nouveaux « corps politiques » ?

On ne manquera pas de se référer à l’irruption du blog dans la campagne présidentielle française de 2007, soit à l’initiative des politiques (Désirs d’avenir, etc.), soit à l’initiative de citoyens qui ne se reconnaissent pas nécessairement dans les « grands débats nationaux ».

Le plus vraisemblable est que ces dominantes vont se combiner. Le communautaire et le marchand sont assez compatibles, via les affinités justement (voire, entre autres, le marketing et les produits « ethniques »). Au niveau des régions, en Europe notamment, le politique peut se greffer sur l’identitaire. Dans ce cas, l’agora planétaire que nous promettent les adeptes les plus ambitieux de la e-démocratie se fragmenterait au contraire pour produire des corps politiques locaux, aux dépens des anciennes constructions nationales. Une fois de plus la neutralité des TIC à l’égard des organisations (elles peuvent servir indifféremment n’importe quel type d’organisation) serait alors confirmée.



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