Un biologiste, armé d’une technique perfectionnée, étudie un embryon humain in vivo. Il en étudie particulièrement le développement du système nerveux. L’embryon naît, et il devient un éminent chirurgien du cerveau. Le biologiste vieillit, et il a besoin d’une opération cérébrale. Il se confie au chirurgien qu’il a étudié à l’état embryonnaire. Curieux retour. Si le biologiste étudiait l’embryon, dont le cerveau n’était encore qu’une simple gouttière, avec un juste sentiment de supériorité, il n’est plus maintenant qu’un pauvre patient, et c’est le chirurgien qui, après trépanation, examine, comme une sorte de préparation de laboratoire, le cerveau qui l’a étudié autrefois en le considérant alors, lui futur chirurgien, comme une sorte de préparation anatomique.
Raymond Ruyer, Paradoxes de la conscience, Albin Michel, 1966.
