La république des livres
Plus tu te tais et plus je t’entends
La vie ressemble parfois à quelque chose comme ça. On a rendez-vous avec son meilleur ami pour dîner, on le croit en retard mais il ne vient pas, toujours pas, il a dû être empêché, c’est le mot puisqu’il vient de mourir. Il s’est défenestré en visitant un appartement vide. Une chute de dix huit mètres alors qu’il n’avait aucune raison d’ouvrir cette fenêtre. Choqué, le narrateur découvre d’un même élan que son ami avait un autre nom, une autre identité ; pour en savoir plus, il se lance à la recherche de son frère à Helsinki, quête qui l’amèrera à voir ses proches autrement. On ne se débarrasse pas facilement d’un tel rendez-vous manqué. Cette absence peut poursuivre longtemps, bien plus que toute autre disparition. Elle hante Cinq vivants pour un seul mort (187 pages, 17 euros, éditions Zoé), un deuxième roman dans lequel Catherine Lovey tient toutes les promesses du premier L’Homme interdit. L’écriture en est parfaitement maîtrisée, tant dans l’humour, la froideur que la sécheresse. Pas de gras et une économie de moyens réjouissante quand tant d’autres se croient tenus de tirer à la ligne pour donner l’illusion de l’épaisseur.
Ce récit est assez labyrinthique et parfois brumeux, mais au lieu de dérouter, cela ajoute à l’envoûtement. Comme si l’on était ravi de se perdre, pris par une sorte de vertige face à l’inconnu qui nous attend au bout de cette (...)