Mais c’est encore le numérique qui est en passe de transformer les actuelles conditions de fabrication et de distribution des MP : il rend possible, en effet, une déconcentration et une relocalisation (parfois jusqu’au domicile) de la production des formats papier.
En opérant une véritable « déconstruction » des objets médiatiques (selon la logique du « Web sémantique »), le numérique permet d’envisager du même coup toutes sortes de reconstructions et d’hybridations, à différents niveaux de la chaîne de production.
Le blog est un objet particulièrement significatif pour le médiologue, attentif aux relations à double sens entre technique, usages sociaux et culture. « Tout numérique », le blog entretient des rapports évidents avec « le livre, le journal, la lettre » et il relativise le prétendu déclin de la lecture et de l’écriture observé par ailleurs chez les « jeunes », etc. Il décourage les diagnostics hâtifs : tantôt symptôme de narcissisme, tantôt au contraire instrument de socialisation. Tantôt affligeant (aux yeux de l’intellectuel) tantôt support d’intelligence collective (voir Wikipedia)...
Entre les extrêmes que seraient le blog (tout numérique) et le « gratuit » imprimé et distribué en masse, ou encore le livre fabriqué à domicile, vont s’intercaler toutes sortes de formats, anciens, nouveaux ou hybrides. Cette offre théoriquement illimitée, sera néanmoins sanctionnée par les usages et les modèles économiques attachés, et notamment par l’accès à des dispositifs de distribution ad hoc.
Ainsi éclairés, on peut risquer quelques hypothèses prospectives sur les devenirs respectifs du livre, du journal et de la lettre. Des quatre hypothèses, substitution (ceci tuera cela), simulation (ceci singera cela), cohabitation (ceci ignorera cela), hybridation (ceci absorbera cela), la quatrième semble à la fois la plus probable et la plus productive, d’autant qu’elle peut rendre compte des autres (à différents niveaux d’intégration des hybrides).
