On confond trop souvent le politique avec la science du gouvernement. Or non seulement ce n’est pas la même chose, mais on peut soutenir qu’il y a antagonisme entre les deux notions : un gouvernement parfait, philosophique (Platon), scientifique ou technocratique, abolirait le politique. A cet égard, la République de Platon, n’est pas un ouvrage de politique, mais un traité du bon gouvernement. C’est sans doute Aristote qui, le premier, a fait preuve de discernement à cet égard, par son analyse des diverses formes de « philia » (qu’il vaut mieux traduire par « lien social » que par « amitié »).
Sous ce terme de philia, il a en effet, notamment dans son Éthique à Nicomaque, distingué trois formes de lien social :
les liens d’appartenance involontaires : ceux qui lient les membres de la communauté ;
les liens « politiques » que les hommes nouent volontairement en vue du la bonne vie au sein de la Cité ;
les liens noués par la nécessité (les « besoins ») ou l’intérêt : précisément ceux qui lient les acteurs du marché et prennent la forme de transactions.
On peut dire que depuis, presque toute la littérature politique traite de la spécificité toujours problématique du politique confrontée aux autres formes de philia (en termes modernes : la communauté et le marché).
Avec (De la démocratie en Amérique et L’Ancien Régime et la Révolution, Tocqueville nous offre une véritable « étude comparative » entre les modèles français et américain...
Au XXe siècle Hannah Arendt (Condition de l’homme moderne) est l’auteur qui s’est le plus attaché à souligner la spécificité, mais aussi le caratère contingent (« volontaire » selon Aristote) et donc fragile du politique. Cette tension est analysée en particulier dans la cas du « modèle français » postrévolutionnaire par Pierre Rosanvallon, dans Le modèle politique français. La société civile contre le jacobinisme de 1789 à nos jours, Seuil, 2004.
