« On devrait correspondre puisque tu me corresponds »
(Francis Cabrel).
« Je vous remercie de m’écrire aussi souvent. Vous vous montrez ainsi à moi de la seule façon qui vous soit possible. Jamais je ne reçois l’une de vos lettres, qu’aussitôt nous ne soyons réunis. Si les portraits de nos amis absents nous sont chers, s’ils renouvellent leur souvenir et calment, par une vaine et trompeuse consolation, le regret de l’absence, que les lettres sont donc plus douces, qui nous apportent une image vivante ! » (Sénèque, Lettre à Lucilius).
« Comme l’a relevé un jour Jean-Paul [1], les livres sont des grosses lettres adressées aux amis. En écrivant cette phrase, il a désigné par son nom, dans sa quintessence et avec beaucoup de grâce, la nature et la fonction de l’humanisme : il constitue une télécommunication créatrice d’amitié utilisant le média de l’esprit. (...) Du reste, si la philosophie écrite à pu demeurer virulente jusqu’à nos jours, elle qui naquit voici plus de deux mille cinq cents ans, elle le doit à sa faculté de se faire des amis par le texte. Elle s’est laissé prolonger par l’écriture à travers les générations, comme une chaîne épistolaire, et malgré toutes les erreurs de copie - voire, peut-être, grâce à ces erreurs - elle a entraîné copistes et interprètes dans son aura créatrice d’amitiés. »
Peter Sloterdijk, Régles pour le parc humain, trad. de l’allemand par Olivier Mannoni, Mille et une nuits, 2000.
[1] Jean Paul Richter (1763-1825) écrivain romantique allemand